La création du musée d'Anatomie est une
conséquence de la Révolution. Le 12 août 1792, l'Assemblée
Législative en supprimant "sur toute la surface de la République"
les associations et corporations, supprimait les deux institutions médicales
existantes : Le Collège Royal De Médecine, première
faculté créée au milieu du XVe siècle est
installée dans un bâtiment exigu, aujourd'hui disparu, près
de (l'Église St. Mathieu) et le Collège De Chirurgie (Collège
St. Côme) fondé en 1755, grâce aux libéralités
de Lapeyronie . Le 4 décembre 1794 (loi du 14 Frimaire An III)
la Convention constatant que les armées de la République
avaient des besoins incessants en médecins et chirurgiens sur les
champs de bataille, ordonnait la création de trois Écoles
de Santé (dénommées École de Médecine
en 1803, et Facultés en 1808) à Paris, Strasbourg et Montpellier.
Jean Antoine CHAPTAL favorisait l'installation de cette école le
22 avril 1975 dans l'ancien monastère St. Benoît et St. Germain
(où elle se trouve de nos jours), réquisitionnée
par la Convention à l'Évêché de Montpellier.
La loi, considérant l'importance de l'anatomie dans le déroulement
des études médicales, créait un "CONSERVATOIRE"
comprenant un "Cabinet d'Anatomie, une série d'instruments
et d'appareils de chirurgie et une collection d'histoire naturelle médicale".
La direction était confiée à un conservateur chargé
de faire annuellement la démonstration des drogues usuelles et
des instruments de chirurgie en deux cours distincts".
Joseph Guillaume Virenque a été
le premier conservateur nommé par la loi du 26 Frimaire An III (17
décembre 1794). Onze conservateurs se sont succèdés
jusqu'en 1927 date à partir de la quelle la fonction de conservateur
fut supprimée et rattachée au Laboratoire d'Anatomie (An III
(1794) Joseph, Guillaume Virenque, An X (18O1-1802) Jacques, Philippe, Raymond
Draparnaud, An XII (18O3-1804) Joseph Anglada, 1809, Antoine, Simon, Jules
Duportal, 1823 Augustin, Gaspard, Emile, René, 1835 François
Anselme-Jaumes, 1850 Justin Benoit, 1853 Pierre, Denis, Jules Quissac, 1879
Joseph Grynfelt, 1885 Jean Marie Bimar, 1915 Constant Lapeyre, 1917 Paul.
Gilis, 1927 Fonction Supprimée). Les responsables du Musée
ont été successivement Professeurs d'Anatomie et de Physiologie
: 1794 Ch. L. Dumas, 1813 Lordat, Et Professeurs D'anatomie : 1824 J. M.
Dubrueil, 1853 J. Benoit, 1888 V. Paulet, 1896 P. Gilis, 1927 J. Delmas,
1952 G. Laux, 1960 R. Marchal, 1963.M. De Ribet, 1965 P. Rabischong, 1999
F. Bonnel.
La faculté de médecine
La cathédrale
Le local primitif octroyé
au conservatoire, très exigu, ne possédait aucun matériel
chirurgical. Les chirurgiens de ST. Côme, intégrés dans
le personnel enseignant, n'avaient rien amené avec eux et il n'y
avait aucune collection car l'ancien Collège Royal de Médecine
ne possédait pas de musée anatomique. L'absence de moyens
financiers rendait impossible tout achat, malgré les demandes réitérées
de fonds à Paris. Devant cette situation de détresse qui obligeait,
dès le 22 Germinal An III (11 avril 1795) "les professeurs de
médecine opérante de suspendre leurs cours de bandages, faute
de linge et d'un mannequin" , la commission exécutive de l'instruction
publique ordonna au conservateur du musée de Paris de procurer au
Conservatoire Montpelliérain (qui en avait le plus pressant besoin)
les instruments de chirurgie qui se trouvaient en double dans la collection
de son école. Le 28 Frimaire An VII (18 décembre 1798), l'École
de Médecine demandait à Paris 2 000 francs pour l'achat d'instruments
chirurgicaux "attendu qu'à l'exception de deux boites pour les
amputations, de deux pour le trépan et d'une pour la fistule lacrymale,
tous les autres instruments envoyés par le directeur de l'école
de Paris sont plus propres à meubler les ateliers d'un artisan qu'un
arsenal de chirurgie.
Le conservatoire acquit en juin 1795, la collection anatomique provenant
de la succession du savant Joubert et en particulier "l'écorché
de Houdon" aujourd'hui placé dans le grand escalier (4 septembre
1797). Trois prosecteurs de l'école : F. Laborie, F. Putingon et
B. Delmas, (célèbre obstétricien) offraient en 1798
plusieurs pièces magnifiques d'anatomie normale et pathologique.
L'enrichissement rapide des collections est la conséquence de la
décision de l'école de Médecine en octobre 1798 qui
stipulait que " nul élève, ne peut être admis
aux examens définitifs à moins qu'il n'ait présenté
une pièce anatomique naturelle ou artificielle pour être
déposée au Conservatoire".
Le 23 Germinal An XI (14 avril 1803), Chaptal (ministre de l'intérieur),
fit acheter par le gouvernement et adresser au musée de l'école
plusieurs pièces anatomiques réalisées par F. Fontana,
Conservateur du Musée du Palais du Duc de Toscane et célèbre
cérulo-plasticien.
La même année, le conservateur Joseph Anglada achetait la
collection de poissons de mer du sud, des côtes de la Jamaïque
et d'Angleterre provenant de la succession d'A. Broussonnet. Cuvier (célèbre
paléontologiste) obtint qu'une partie lui soit envoyée,
en échange de reproductions en plâtre de ces animaux fossiles.
Le 23 Germinal An XII, (14 avril 1804) Laumonier de Rouen adressait ses
premières pièces anatomiques en cire. Grâce à
Chaptal, B. Delmas (Chef de travaux en 1811) put se rendre auprès
de ce maître rouennais pour apprendre l'art de modeler la cire et
réalisa deux très belles pièces : un écorché
d'enfant de 2 ans sur lequel apparaît très lisible, le système
lymphatique et plus tard, celui d'un adulte avec tout l'appareil musculaire."
L'exiguïté du Conservatoire et l'humidité du local
contribuant à altérer les préparations anatomiques,
il était transféré le 1er juillet 1817 dans une salle
plus grande "au rez-de-chaussée de l'aile occidentale qui
conserva longtemps le nom d'ancien Conservatoire". Aux dissections
obtenues par les concours, s'ajoutèrent des préparations
d'anatomie pathologique offertes par de célèbres chirurgiens
(Delpech, Lallemand, Dubreuil, Dugès, Bouisson) et des modèles
en cire ou en plâtre provenant de cas pathologiques observés
en milieu hospitalier . François Jaumes, (Conservateur) grâce
à l'obtention par le ministre de l'instruction publique, d'une
somme substantielle, achetait en 1842, 69 pièces d'anatomie pathologique
en carton pâte exécutées par le Dr Thibert (montrant
diverses lésions du cerveau, des voies respiratoires, des appareils
digestifs et génito-urinaires etc.). En 1848, fut déposée
la collection du Cabinet Dupont avec des préparations anatomiques,
en cire, révélant des lésions cancéreuses
ainsi que tous les aspects possibles de la maladie vénérienne
.
Dans l'impossibilité d'accueillir toutes les richesses anatomiques
adressées, la Faculté demandait à plusieurs reprises
au Ministre la construction d'un grand local plus adapté ; sous
la férule du Recteur Thory et du Préfet Rouleaux-Dugage,
un plan du nouveau conservatoire, établi par l'architecte Alric
était déposé au ministre Salvandy. La Chambre des
députés accordait (en 1847) la somme de 158 064 fr. pour
sa construction et la ville de Montpellier 20 000 fr. Le bâtiment
fut construit sur l'emplacement des anciens remparts (détruits
le 29 Prairial An V (18 juin 1797) le long du boulevard Henri IV, dans
un style imitant la façade principale et achevé en 1851.