{"id":513,"date":"2016-12-01T00:17:09","date_gmt":"2016-11-30T23:17:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tomolis.com\/anatomie\/?page_id=513"},"modified":"2016-12-01T00:17:09","modified_gmt":"2016-11-30T23:17:09","slug":"rituel-des-dissections-1526","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.tomolis.com\/anatomie\/index.php\/rituel-des-dissections-1526\/","title":{"rendered":"Rituel des dissections (1526)"},"content":{"rendered":"<p>On payait, dans l&rsquo;ancienne \u00e9cole de m\u00e9decine jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;assistance aux d\u00e9monstrations anatomiques : 12 deniers par anatomie pour les \u00e9tudiants et 15 deniers pour les \u00e9trangers. Le spectacle avait par sa raret\u00e9 le privil\u00e8ge d&rsquo;attirer dans le sanctuaire d&rsquo;Hippocrate, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des m\u00e9decins de profession, nombre de profanes, hommes du monde, hommes d&rsquo;\u00e9glise m\u00eame, d\u00e9sireux de s&rsquo;initier \u00e0 la connaissance de la structure du corps humain ; et chacun pour parer aux frais de l&rsquo;autopsie, acquittait le prix de la place qu&rsquo;il venait occuper dans l&rsquo;amphith\u00e9\u00e2tre. On eut bien parfois l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;y admettre gratuitement, d\u00e8s le principe, les \u00e9tudiants ; mais comme c&rsquo;\u00e9tait leur caisse qui subvenait aux n\u00e9cessit\u00e9s de la dissection, et comme la pr\u00e9sence des spectateurs \u00e9trangers aurait \u00e9t\u00e9 insuffisante \u00e0 les couvrir toutes, on exigea d&rsquo;abord une r\u00e9tribution uniforme de quiconque p\u00e9n\u00e9trait dans la salle. Ce surcro\u00eet de d\u00e9pense ne revenait, \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, pour nos \u00e9tudiants que de loin en loin : car on ne soumettait gu\u00e8re \u00e0 ce genre d&rsquo;\u00e9tude que les cadavres des supplici\u00e9s ou de certains inconnus de bas \u00e9tage, morts dans les h\u00f4pitaux. Le Livre des Procureurs enregistre une anatomie pour l&rsquo;ann\u00e9e 1526 deux anatomies pour l&rsquo;ann\u00e9e 1527, trois anatomies pour l&rsquo;ann\u00e9e 1528, quatre anatomie pour l&rsquo;ann\u00e9e 1529 ; deux anatomies pour l&rsquo;ann\u00e9e 1530 ; trois anatomies pour l&rsquo;ann\u00e9e 1531, six anatomies pour l&rsquo;ann\u00e9e 1532, trois anatomies pour l&rsquo;ann\u00e9e 1539, cinq anatomies pour l&rsquo;ann\u00e9e 1534, deux anatomie pour l&rsquo;ann\u00e9e 1535, o\u00f9 s&rsquo;arr\u00eatent les enseignements de cette nature.<\/p>\n<p>L&rsquo;anatomie \u00e9tait en honneur et enseign\u00e9e surtout par Rondelet (1507-1566) qui s&rsquo;occupa avec talent de toutes les sciences naturelles et donna \u00e0 l&rsquo;enseignement de l&rsquo;anatomie une impulsion des plus f\u00e9condes. Il faisait souvent sur le cadavre des d\u00e9monstrations auxquelles assistaient m\u00eame les gens du monde. Son amour pour la science allait jusqu&rsquo;\u00e0 la passion. Il supplie son ami et coll\u00e8gue, Fontanon, malade, de se laisser diss\u00e9quer apr\u00e8s sa mort, et, sur son cadavre, il d\u00e9couvre la substance mamelonn\u00e9e du rein ; il \u00e9tudie devant ses \u00e9l\u00e8ves le placenta commun de deux jumeaux ses enfants et fit m\u00eame une le\u00e7on publique sur le cadavre de son fils. Les \u00e9l\u00e8ves affluaient autour de lui. Bien qu&rsquo;en 1529 la salle de dissection f\u00fbt \u00e9quip\u00e9e pour recevoir des cadavres et assurer ainsi un enseignement digne de la Facult\u00e9 Rondelet en 1556 fit un don \u00e0 la Facult\u00e9 et permit aussi la construction d\u2019une salle plus grande.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9cole de m\u00e9decine en \u00e9tait encore r\u00e9duite, \u00e0 cette \u00e9poque, \u00e0 n\u2019avoir pas m\u00eame un squelette lui appartenant, et \u00e0 envier le seul qu&rsquo;eussent \u00e0 Montpellier les barbiers chirurgiens. Les dissections y devenaient moins rares, cependant le jour m\u00eame o\u00f9 l\u2019on envoyait \u00e0 Aigues-mortes le bedeau de l&rsquo;Universit\u00e9 prendre le squelette que d\u00e9signe le Registre de nos archives, on installait dans l&rsquo;amphith\u00e9\u00e2tre d&rsquo;anatomie une table en pierre, qu&rsquo;on entourait d&rsquo;une chaire professorale en pierre, et d&rsquo;un banc \u00e0 l&rsquo;usage des \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<p>Le 18 janvier 1527, le bruit s&rsquo;\u00e9tant r\u00e9pandu, vers la nuit, que le pr\u00e9v\u00f4t des mar\u00e9chaux allait proc\u00e9der \u00e0 une ex\u00e9cution capitale, le procureur de l&rsquo;Universit\u00e9 tint vite conseil, avec les \u00e9tudiants et bacheliers en m\u00e9decine et l&rsquo;on d\u00e9cida de r\u00e9clamer le futur pendu, pour en faire cette fois, non pas une simple anatomie, mais, comme s&rsquo;exprima le proc\u00e8s-verbal de l&rsquo;assembl\u00e9e, une anatomie s\u00e8che, \u00e0 la mani\u00e8re de celle que poss\u00e9daient les chirurgiens. Le pr\u00e9v\u00f4t ayant refus\u00e9 de livrer le cadavre, il fallut surseoir ce besoin, et l\u2019on se d\u00e9dommagea en achetant \u00e0 Aigues-Mortes, le 3 novembre, un squelette avari\u00e9 par l&rsquo;humidit\u00e9, auquel il manquait plusieurs os.<\/p>\n<p>On confiait ordinairement le soin de l&rsquo;autopsie et de la d\u00e9monstration \u00e0 un des meilleurs ma\u00eetres de l&rsquo;\u00e9cole (Jean Schiron, Jean Faucon, Denis Fontanon, Antoine Gontier et. Antoine Saporta). C&rsquo;est Schiron qui fit en 1530 celle o\u00f9 Rabelais (1494 ?-1553) en signait de sa main le registre \u00ab Rabelaesus, quia praesens \u00bb.<\/p>\n<p>On donnait un \u00e9cu au professeur charg\u00e9 d&rsquo;interpr\u00e9ter l&rsquo;histoire du corps humain ; le surplus de la recette \u00e9tait affect\u00e9 aux frais mat\u00e9riels de l&rsquo;op\u00e9ration et de ses suites. Ils \u00e9taient assez consid\u00e9rables : car on n&rsquo;avait pas de provisions de laboratoire, comme aujourd&rsquo;hui et tout se payait selon les besoins du moment<br \/>\n.<br \/>\nVoici, \u00e0 titre d&rsquo;exemple, la carte des d\u00e9penses r\u00e9alis\u00e9es pour la seconde anatomie de l&rsquo;ann\u00e9e 1527, que pr\u00e9sida le professeur Jean Faucon et inscrite au compte du Procureur Claude Mussard. \u00a0\u00bb Nos m\u00e9decins y reconna\u00eetront l&rsquo;enfance de l&rsquo;art chirurgical, et me sauront gr\u00e9, j&rsquo;aime \u00e0 le croire, de cette visite \u00e0 un amphith\u00e9\u00e2tre de dissection \u00ab\u00a0. \u00a0\u00bb Pour l&rsquo;\u00e9minent et tr\u00e8s savant ma\u00eetre Jean Faucon, doctissime interpr\u00e8te de l&rsquo;histoire du corps 20 sous. Pour le prosecteur, 20 sous. Pour le vase de verre destin\u00e9 \u00e0 recevoir les intestins, ainsi que pour le feu et les \u00e9toupes, 5 sous 10 deniers. Pour l&rsquo;encens employ\u00e9 \u00e0 assainir la salle, 18 deniers. Pour le garde de l&rsquo;h\u00f4pital, qui a b\u00e9n\u00e9volement livr\u00e9 le cadavre, 5 sous. Pour la femme dudit garde, qui a pr\u00eat\u00e9 le linceul dans lequel on l&rsquo;a apport\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole, 2 sous, afin de la mieux disposer \u00e0 nous avertir lorsqu&rsquo;il se pr\u00e9sentera des corps propres \u00e0 la dissection. Pour les hommes, qui ont amen\u00e9 le cadavre de l&rsquo;h\u00f4pital au Coll\u00e8ge de m\u00e9decine 2 sous. Pour le vin, qui a servi \u00e0 le laver, et pour ceux qui l&rsquo;ont lav\u00e9, 2 sous. Pour une livre de chandelles, n\u00e9cessaire \u00e0 la poursuite de la dissection dans la soir\u00e9e du jour de l&rsquo;autopsie, 16 deniers. Pour le suaire d&rsquo;ensevelissement, et pour les tabliers et linges de dissection, 7 sous. Pour la pr\u00e9paration du cercueil et de la fosse, l&rsquo;appel des pr\u00eatres, le port des cierges qu&rsquo;ont exig\u00e9s les fun\u00e9railles, 9 deniers. Pour les peines du bedeau de l&rsquo;Universit\u00e9, qui a concouru \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ration, en ouvrant les portes, en entretenant le feu, en fournissant de son mobilier nombre d&rsquo;ustensiles dont on avait besoin, 5 sous. Pour sa femme, qui a ensuite nettoy\u00e9 la salle, 12 deniers. Pour ses enfants, qui ont \u00e9galement pr\u00eat\u00e9 assistance, soit en aidant les op\u00e9rateurs, soit en courant chercher tout ce qu&rsquo;il fallait, 4 deniers. Pour le pr\u00eatre de Saint-Claude et pour le fossoyeur, 6 livres. Pour les pr\u00eatres, qui ont accompagn\u00e9 le corps au cimeti\u00e8re Saint- Barth\u00e9lemy, et les pauvres qui leur ont fait cort\u00e8ge, 9 sous. Pour le pr\u00eatre ou prieur de l&rsquo;h\u00f4pital, 2 sous. Pour les porteurs, qui ont transf\u00e9r\u00e9 le corps au lieu de la s\u00e9pulture, 4 sous. Pour les pr\u00eatres de Saint-Mathieu, 3 sous 4 deniers. Au cimeti\u00e8re de l&rsquo;\u00e9glise Saint Barth\u00e9lemy, 12 deniers. Pour le lit du cur\u00e9 de la paroisse Saint Firmin, 4 livres. Pour le cercueil, 12 sous. Pour les chapes, la croix et les pr\u00eatres de Saint Firmin, 7 sous. Pour une messe, dite \u00e0 l&rsquo;intention du diss\u00e9qu\u00e9, 20 deniers. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On s&rsquo;appliquait \u00e0 d\u00e9dommager le sujet sur lequel s&rsquo;\u00e9tudiait le corps humain, par une ample compensation d&rsquo;honneurs fun\u00e8bres. L&rsquo;on se lassa bient\u00f4t d&rsquo;un c\u00e9r\u00e9monial si compliqu\u00e9, et d\u00e9s l&rsquo;ann\u00e9e 1532 les d\u00e9penses \u00e0 cet \u00e9gard apparaissent, dans le Livre des Procureurs, remarquablement simplifi\u00e9es. Il n&rsquo;\u00e9tait pas toujours n\u00e9cessaire de traiter le mort avec tant de fa\u00e7ons, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un criminel notamment et c&rsquo;\u00e9tait dans cette cat\u00e9gorie surtout que s&rsquo;approvisionnaient nos anatomistes, depuis que l&rsquo;autorit\u00e9 civile leur avait permis, en 1377, de revendiquer pour l&rsquo;exercice du scalpel les pendus et autres supplici\u00e9s. Aussi se tenait-on constamment aux aguets, et ne perdait on pas de vue les fourches patibulaires.<\/p>\n<p>Cette installation \u00e9tait, certes, loin de rivaliser avec les facilit\u00e9s actuelles ; car son ensemble ne co\u00fbta qu&rsquo;un \u00e9cu et 18 sous, c&rsquo;est-\u00e0-dire un peu moins de 3 livres, mais on montrait par l\u00e0 que les \u00e9tudes anatomiques s&rsquo;enracinaient dans l&rsquo;\u00e9cole, et que, si les \u00e9tudiants ne pouvaient encore se passer de recourir, pour se procurer tous leurs moyens de travail, \u00e0 l&rsquo;enl\u00e8vement furtif des cadavres, soit dans les h\u00f4pitaux, soit dans les cimeti\u00e8res, on avait n\u00e9anmoins 1 a ferme intention de ne plus restreindre d\u00e9sormais l&rsquo;enseignement \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation purement orale des textes Hippocratiques. L&rsquo;autorit\u00e9 \u00e0 son tour \u00e9prouvait le besoin de t\u00e9moigner plus de condescendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des demandes de nos m\u00e9decins. Le pr\u00e9v\u00f4t des mar\u00e9chaux ne refuse plus, \u00e0 partir de l\u00e0, \u00e0 nos \u00e9tudiants les cadavres de supplici\u00e9s ; et il suffit d&rsquo;\u00eatre immatricul\u00e9 pour avoir droit d&rsquo;assister gratuitement aux anatomies auxquelles ils donnent lieu. Le paiement n&rsquo;est plus de mise que pour les cas exceptionnels, et on en fait mention expresse dans le compte du procureur, \u00e0 mesure qu&rsquo;il se produit la dissection passe \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de coutume scolaire. On n&rsquo;en suspend la pratique d\u00e9sormais qu&rsquo;en temps d&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie, et on dit pourquoi. Voici, \u00e0 ce propos, un passage assez curieux du Registre journal du procureur de l&rsquo;ann\u00e9e 1533 L\u00e9onard Veirier : \u00ab faisons \u00e0 tous les susp\u00f4ts de l&rsquo;Universit\u00e9, qu&rsquo;entre le 5 septembre et la f\u00eate des rois, les assembl\u00e9es et les le\u00e7ons de l&rsquo;\u00e9cole n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9es d&rsquo;aucune d\u00e9monstration anatomiques, \u00e0 cause de l&rsquo;intemp\u00e9rie de la saison et de la peste qui r\u00e9gnait dans les h\u00f4pitaux. M&rsquo;y \u00e9tant un jour pr\u00e9sent\u00e9, en compagnie de l&rsquo;abb\u00e9 et des chirurgiens pour y trouver un sujet propre \u00e0 la dissection, on nous en offrit un atteint d&rsquo;une maladie du charbon au pied. \u00c0 cette vue, nous nous m\u00eemes vite \u00e0 fuir. A quels p\u00e9rils ne sont pas expos\u00e9s les pauvres procureurs. Et il y a pourtant des brouillons qui nous font la guerre ! Vive les bons procureurs, et \u00e0 bas les \u00e9tourdis \u00bb<\/p>\n<p>Cette boutade nous laisse deviner, alors m\u00eame que les autres documents sont muets sur ce chapitre, \u00e0 travers quelles difficult\u00e9s se tra\u00eenait parfois l&rsquo;administration de l&rsquo;\u00e9cole de m\u00e9decine.<\/p>\n<p>En 1550 un arr\u00eat des Grand Jours de B\u00e9ziers prescrivait \u00e0 nos docteurs l&rsquo;obligation de quatre anatomies par an, qu&rsquo;on devait confier \u00e0 l&rsquo;un des dits docteurs et chirurgiens des plus idoines et suffisants. Les \u00e9tudiants F\u00e9lix Platter (1536-1614) et Thomas Platter (1574-1628) rapportent leur int\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;anatomie. \u00a0\u00bb Toutes ces circonstances m&rsquo;engag\u00e8rent non seulement \u00e0 \u00e9tudier et \u00e0 suivre les cours avec assiduit\u00e9, mais encore \u00e0 regarder attentivement dans la pharmacie la mani\u00e8re dont se pr\u00e9paroient les m\u00e9dicaments. Mon ma\u00eetre possedoit une forte client\u00e8le : aussi de mes s\u00e9ances en son laboratoire, j&rsquo;ai retir\u00e9 grand profit. De plus je recueillois une foule de plantes, que je fixois sur du papier. Mais avant tout je d\u00e9sirois conno\u00eetre l&rsquo;anatomie. Je ne manquois jamais d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9sent lorsqu&rsquo;on pratiquoit en cachette l&rsquo;ouverture d&rsquo;un cadavre. Dans les commencements, l&rsquo;op\u00e9ration me parut repoussante ; n\u00e9anmoins, avec quelques \u00e9tudiants welches, je courus plus d&rsquo;un risque afin d&rsquo;obtenir des sujets. De fr\u00e9quentes dissections avoient lieu chez Gallotus, qui avoit \u00e9pous\u00e9 une femme de Montpellier et jouissoit d&rsquo;une certaine fortune. Il nous convoquoit pour aller en armes hors de la ville d\u00e9terrer secr\u00e8tement, dans les cimeti\u00e8res adjacents aux clo\u00eetres, les morts inhum\u00e9s le jour m\u00eame : nous les portions chez lui, o\u00f9 nous proc\u00e9dions \u00e0 l&rsquo;autopsie. Certains individus avoient charge de prendre garde aux enterrements, et de nous conduire \u00e0 la fosse.<\/p>\n<p>Ma premi\u00e8re exp\u00e9dition de ce genre date du 11 d\u00e9cembre 1554. La nuit \u00e9toit d\u00e9j\u00e0 sombre, quand Gallotus nous mena hors de la ville au monast\u00e8re des Augustins. Nous y trouvons un moine aventureux, qui s&rsquo;\u00e9toit d\u00e9guis\u00e9 et nous pr\u00eata son \u00e9p\u00e9e. Nous entrons furtivement dans le clo\u00eetre, o\u00f9 nous restons \u00e0 boire jusqu&rsquo;\u00e0 minuit. Puis, bien arm\u00e9s, et observant le plus profond silence, nous nous rendons au cimeti\u00e8re de Saint-Denis. Myconius voit son \u00e9p\u00e9e nue, comme les velches leurs rapi\u00e8res. Nous d\u00e9terrons le mort, en nous aidant des mains seulement ; car la terrain avoit pas eu le temps de s&rsquo;affermir. Une fois le cadavre \u00e0 d\u00e9couvert, nous lui passons une corde, et, tirant de toutes nos forces, nous l&rsquo;amenons en haut : apr\u00e8s l&rsquo;avoir envelopp\u00e9 de nos manteaux, nous le portons sur deux b\u00e2tons jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de la ville. Il pouvoit \u00eatre trois heures du matin. Nous d\u00e9posons notre fardeau dans un coin, et frappons au guichet. Un vieux portier se pr\u00e9sente en chemise, et ouvre. Nous le prions de nous donner \u00e0 boire, pr\u00e9textant que nous mourions de soif. Pendant qu&rsquo;il va chercher du vin, trois d&rsquo;entre nous introduisent le cadavre, et s&rsquo;en vont le porter dans la maison de Gallotus, qui n&rsquo;\u00e9toit pas fort \u00e9loign\u00e9e. Le portier ne se douta de rien. Quant aux moines de Saint-Denis, ils se virent oblig\u00e9s de garder le cimeti\u00e8re et de leur clo\u00eetre ils d\u00e9cochoient des traits d&rsquo;arbal\u00e8te sur les \u00e9tudiants qui s&rsquo;y pr\u00e9sentoient. Le theatrum s\u00e9rvoit souvent aux dissections, qui \u00e9toient alors pr\u00e9sid\u00e9es par un professeur\/un barbier manioit le scalpel. Outre les \u00e9tudiants, l&rsquo;assistance se composoit de seigneurs et de bourgeois en grand nombre, de dames aussi, quand m\u00eame on dissequoit un homme ; beaucoup de moines y venoient \u00e9galement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On payait, dans l&rsquo;ancienne \u00e9cole de m\u00e9decine jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;assistance aux d\u00e9monstrations anatomiques : 12 deniers par anatomie pour les \u00e9tudiants et 15 deniers pour les \u00e9trangers. 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